Physique Chimie Hourdequin
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Mardi 2 juillet 2013 : Un an après le limogeage de Nicole Bricq par le lobby pétrolier, Delphine Batho limogée à son tour par les lobbys nucléaire et pétrolier sur fond de conflit d’intérêt Vallourec (exploitation des gaz de schiste), dont la femme du président Philippe Crouzet (Sylvie Hubac) est directrice de cabinet de François Hollande

mardi 2 juillet 2013, par Emmanuel HOURDEQUIN

1. Eviction de Nicole Bricq le 21 juin 2012

Rappelons les faits : le pétrolier Shell était titulaire de permis d’exploration ouvrant sur une surface de 24 000 km2 à quelque 150 km des côtes de la Guyane. Permis que Nicole Bricq entendait suspendre dans l’attente d’une rénovation du code minier. Main dans la main avec Arnaud Montebourg, la ministre disait le 14 juin 2012 vouloir « obtenir des garanties économiques et écologiques qui n’existent pas aujourd’hui ».

Une semaine plus tard, virage à 180° : l’Etat accorde ces permis de recherche à Shell. Les ONG de défense de l’environnement demandent des éclaircissements sur ce revirement, sans succès.

Entre-temps, le dossier a été repris en main par Matignon. Le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), Jean-Louis Schilansky, a confié au Monde :

« Shell disposait d’un permis en bonne et due forme et avait déjà engagé 250 millions de dollars dans cette opération... La décision du ministère de l’Ecologie était un signal négatif donné aux investisseurs étrangers. »

L’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, très remontée sur ce sujet, avait été reçue par le directeur de cabinet du Premier ministre. Et Victorin Lurel, le ministre des Outre-mer, avait rappelé dans un communiqué « son attachement à ce projet qui doit notamment profiter à la Guyane, tant en termes de retombées financières et de développement économique que d’emplois créés localement ».

« Un lobby efficace mené par l’industrie pétrolière »

Jeudi 21 juin 2012, alors qu’elle était au sommet de Rio+20 où elle représentait la France aux côtés de François Hollande, Nicole Bricq a appris à la fois qu’elle perdait son arbitrage sur le dossier guyanais et qu’elle devait abandonner le ministère de l’Ecologie.

Les ONG, avec qui elle préparait la conférence environnementale prévue à l’été, sont tombées des nues. Pour le porte-parole de FNE, Benoît Hartmann :

« Il est difficile de ne pas voir l’éviction de Nicole Bricq comme la conséquence possible d’un lobby efficace mené par l’industrie pétrolière. Il est vrai qu’en période de crise, le chantage à l’emploi est d’une redoutable efficacité. »

L’écologie, la variable d’ajustement

L’éviction de Nicole Bricq a permis de trouver un poste à Delphine Batho, qui ne s’entendait pas avec Christiane Taubira et qu’il fallait féliciter pour sa brillante réélection au premier tour – d’autant que ce fut la protégée de Ségolène Royal en Charente.

« Peut-être que c’est à la fois pour faire cet arrangement technique et parce que les lobbies ont gagné, mais dans dans les deux cas, c’est une très mauvaise nouvelle pour l’environnement », estime Corinne Lepage. Dans tous les cas :

« C’est un manque de considération flagrante pour ce ministère dont je rappelle quand même qu’en 2007, c’était un ministère d’Etat, numéro deux du gouvernement. Là, il est la variable d’ajustement de considérations qui lui sont totalement extérieures. »

Autre ancienne ministre de l’Ecologie, Chantal Jouanno a, elle, qualifié cette décision de « trahison par rapport aux principes de l’écologie ».

2. Eviction de Delphine Batho le mardi 2 juillet 2013

Delphine Batho, a brisé la solidarité gouvernementale mardi matin 2 juillet 2013 sur RTL, en critiquant le budget 2014, qui vient à peine d’être dévoilé. "C’est un mauvais budget", a déclaré Delphine Batho, qui a dit souhaiter que "dans les jours qui viennent, nous puissions faire la démonstration que la volonté de faire de la France la nation de l’excellence environnementale, la transition énergétique, ne sont pas des variables d’ajustement".

Nous sommes dans un moment où les Français doutent, où (....) il y a une déception à l’égard du gouvernement, il y a un doute sur notre volonté de changement", a estimé Delphine Batho. Or, la "question de l’écologie, de la transformation de notre modèle de développement économique est cruciale", a-t-elle insisté. "Dans le moment actuel, quand tout va mal, les Français ont besoin d’espoir, de perspectives d’avenir et donc, c’est un chantier très important dans ce quinquennat", a-t-elle martelé.

"La situation budgétaire est extrêmement difficile"

Refusant de se présenter comme une ministre en "colère" devant ces arbitrages, mais plutôt comme une "militante", Delphine Batho a jugé qu’"il y a un affichage qui n’est pas bon". Reconnaissant que "la situation budgétaire est extrêmement difficile", la ministre a estimé qu’il allait désormais falloir se poser la question : l’écologie est-elle "bien une priorité" ? "Est-ce qu’on a la capacité de passer du discours aux actes ?"

Selon les premières orientations rendues publiques vendredi, les crédits alloués au ministère de l’Écologie sont en baisse de 7 %, soit une des diminutions les plus importantes du gouvernement. Une partie de cette réduction doit être compensée par les recettes de la taxe poids lourds, mais aussi éventuellement par la fiscalité écologique et les investissements d’avenir, a évoqué Delphine Batho. En septembre, lors de la grande conférence environnementale, le président François Hollande avait affirmé vouloir faire de la France "la nation de l’excellence environnementale".

3. Défense de Delphine Batho par elle-même lors de sa conférence de presse du jeudi 4 juillet 2013

1/ « Je n’ai jamais été prise en défaut de loyauté envers mon camp. Je n’ai jamais commis la moindre bourde, le moindre couac », assure Delphine Batho. « Je me suis conformée à la charte de déontologie, qui prévoit la collégialité », ajoute-t-elle. Elle reproche en revanche au premier ministre de ne pas avoir respecté ce principe en réalisant des arbitrages sur le budget de son ministère « sans discussion directe ».

2/ « Certaines puissances économiques n’acceptaient pas le niveau d’ambition que je fixais pour la transition énergétique (...) Ces forces ne se sont pas cachées de vouloir ma tête, mais si le gouvernement avait été solidaire, elles n’y seraient pas parvenues », a-t-elle assuré. L’ex-ministre s’en est prise spécifiquement à l’entreprise Vallourec, dirigée par Philippe Crouzet, époux de Sylvie Hubac, directrice de cabinet du président François Hollande. « Est-il normal que le patron de l’entreprise Vallourec directement intéressé par l’exploitation des gaz de schiste ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l’avance devant des responsables de son entreprise aux USA ? De quelles informations disposait-il pour le savoir ? Comment se fait-il que des conseillers de Matignon et de l’Élysée disent du mal de moi dans la presse ? »

3/ « Ce que je n’accepte pas, c’est le tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom et qui prépare la marche au pouvoir de l’extrême droite », a assuré l’ancienne ministre, qui faisait partie de la gauche du PS dans les années 1990 avant de rejoindre le camp de Ségolène Royal. « Ce dont il est question, ce n’est pas d’un poste ministériel, c’est du droit de ma génération à avoir des espoirs et à agir. Le temps est venu de reprendre la main du changement, j’appelle la gauche à un sursaut en faveur de l’écologie de l’espoir et des générations futures », a-t-elle ajouté. « Ce que je n’accepte pas, c’est l’abandon le fatalisme le renoncement à l’espoir du 6 mai. »

4/ Delphine Batho a également dénoncé une « réaction disproportionnée » de la part de Jean-Marc Ayrault et de François Hollande, qui ont décidé de son limogeage. « J’imaginais provoquer une discussion », en dénonçant, mardi matin, sur RTL, un « mauvais budget ». Lors de son départ du gouvernement, « Jérôme Cahuzac a été remercié au nom de la République, ça n’est pas le cas dans le communiqué qui m’a limogée », a-t-elle noté.

5/ « Je reviendrai à l’Assemblée et je continuerai mon combat dans la majorité », a-t-elle annoncé. Delphine Batho va donc retrouver son siège de députée PS des Deux-Sèvres dans l’Hémicycle. Souhaitant poursuivre le combat en faveur de l’écologie, elle a aussi annoncé son intention d’« aider » la fondation de Nicolas Hulot.

4. Nomination d’un nouveau ministre de l’écologie : Philippe Martin (socialiste)

Député socialiste et président du conseil général du Gers, le nouveau ministre de l’écologie a fait depuis dix ans de l’environnement son cheval de bataille.

Un ministère, il en rêvait, et plutôt dix fois qu’une. Depuis au moins deux ans et la perspective d’une victoire socialiste à l’élection présidentielle de 2012, Philippe Martin, 59 ans, ne faisait guère mystère de ses ambitions.

Qu’il décroche aujourd’hui l’écologie en remplaçant précipitamment Delphine Batho n’est en rien le fruit du hasard. Le député (trois élections consécutives depuis 2002) et président du conseil général du Gers (depuis 1998) laboure le terrain environnemental depuis bientôt dix ans.

Préfet du Gers puis des Landes de 1992 à 1997, ce natif des Hauts-de-Seine est doté d’un flair politique acquis au début de sa carrière dans les cabinets ministériels aux côtés des mitterrandistes historiques, de Paul Quilès à Pierre Joxe en passant surtout par Michel Charasse.

Une « mitterrandôlatrie » qu’il assume toujours, comme il revendique son indéfectible fidélité à l’égard de Laurent Fabius, « le meilleur de tous ». Un cursus PS pur jus qu’il enrichit donc, histoire de se singulariser, d’une fibre écologique combative.

LE COMBAT CONTRE LES OGM

À partir de 2004, Philippe Martin est au premier rang sur le front de la lutte anti-OGM, incitant les maires gersois à prendre des arrêtés municipaux pour interdire ces cultures ou soutenant avec constance les actions de José Bové.

Il s’applique à positionner le Gers comme un laboratoire sur les thèmes environnementaux, en imposant le bio dans toutes les cantines du département et en développant pour ce faire les circuits courts favorisant les producteurs locaux.

UN RAPPORT SUR LA GESTION DE L’EAU

Dans le Gers, cet engagement ne convainc cependant que partiellement les écologistes locaux. Certains regrettent que les convictions du député n’emportent pas franchement l’adhésion de ses amis socialistes, plus « traditionnels » en la matière.

Il n’empêche. Philippe Martin creuse son sillon. Il ferraille contre la fracturation hydraulique sur le dossier des gaz de schiste. Il montre récemment son habileté sur la gestion des ressources en eau dans l’agriculture, en remettant le mois dernier au gouvernement un rapport sur la question ménageant les susceptibilités des lobbys agricoles et environnementaux.

5. Suite du débat national sur la transition énergétique (DNTE) ?

Je suis très triste du limogeage de Delphine Batho, après avoir été très triste de celui de Nicole Bricq. En effet, avec 3 ministres de l’écologie en un an, les dossiers brûlants sur l’environnement ne peuvent qu’en pâtir et pourtant, le réchauffement climatique, la pollution, la baisse de la biodiversité se poursuivent de plus en plus vite avec un dépassement du CO2 de 400 ppm, les fuites d’eau hautement radioactive contenant du plutonium et de l’uranium dans la mer provenant des coeurs éventrés des centrales nucléaires de Fukushima et on ne fait toujours rien alors que ce sont des URGENCES ABSOLUES ET QUE LES SCIENTIFIQUES SONT UNANIMES. C’est simpliste et puéril de croire qu’en limogeant un(e) ministre de l’écologie on résoudra tous ces problèmes de pollution cruciaux au XXIème siècle pour l’avenir de l’humanité.

Je remercie Delphine Batho pour avoir eu la possibilité de m’exprimer à plusieurs reprises sur le site gouvernemental dans le cadre du débat national sur la transition énergétique (DNTE) (lire mon article correspondant).

Je remercie Delphine Batho pour sa défense courageuse de la santé publique contre les particules fines du diesel et sa volonté d’aligner la taxation du diesel sur celle de l’essence (lire mon article correspondant).

Je remercie Delphine Batho pour sa prise de position courageuse contre l’exploitation polluante des gaz de schiste (sol, eau, réchauffement climatique à cause du méthane CH4 et du dioxyde de carbone CO2).

Je remercie Delphine Batho pour sa prise de position courageuse contre le nucléaire dont le prix de revient est complètement sous-évalué et dont notre génération ne paye qu’un pourcentage minime du coût réel, le reste étant à la charge des collectivités futures avec le démantèlement, la gestion des déchets à longue vie impliquant des contaminations cancérogènes inéluctables et les risques insupportables d’accident car le risque zéro n’est qu’un mythe.

Je remercie Delphine Batho pour avoir dénoncé la dictature des lobbys pollueurs qui confisquent le pouvoir au peuple enfermant la collectivité dans la crise écologique et morale (et pas seulement économique) en l’empêchant d’évoluer dans le bon sens afin d’asseoir leurs profits sans assumer leurs responsabilités (principe pollueur-payeur inapplicable et inappliqué).

Je remercie Delphine Batho pour avoir fait appel au peuple pour qu’il mobilise son énergie dans le bon sens pour lutter pour la préservation des ressources naturelles, de la santé publique et des intérêts collectifs, contre la dictature de la finance et des lobbys de la pollution et des intérêts particuliers plutôt que de vendre son âme au Front National et à tous les partis extrémistes non démocratiques.

Je la remercie d’avoir dit que la crise dite économique est en fait une crise écologique et morale créée par une croissance vicieuse assise sur la pollution qui coûte plus qu’elle ne rapporte et qu’il ne faut pas opposer écologie et économie car c’est en respectant l’environnement et en respectant la santé publique que l’on peut créer des emplois et baisser notre déficit et non pas l’inverse (faire des impasses sur l’écologie pour sauver l’économie comme le demandent les lobbys industriels et financiers polluants ainsi que la droite avec Copé qui dit « non au référendum sur le nucléaire » et Fillon qui dit « oui aux gaz de schiste » et le MEDEF qui revendique publiquement le nucléaire, le pétrole et le gaz de schiste).

J’espère que le débat national sur la transition énergétique (DNTE) pourra se poursuivre dans de bonnes conditions et que les lobbys des industriels pollueurs : gaz de schiste, pétrole, automobile, nucléaire, ogm, chimique ne sortiront pas comme d’habitude vainqueurs et que l’on pourra enfin lutter contre le réchauffement climatique et le cancer dû à la pollution généralisée du sol, de l’eau, des aliments et de l’air par le développement des énergies renouvelables vertueuses pour agir sur la réduction des déficits, l’emploi et l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé. Rendez-vous le 18 juillet prochain pour les conclusions ...

J’espère que le nouveau Ministre ne cèdera pas devant les lobbys et les conflits d’intérêt extrêmement puissants, mais on imagine que c’est difficile de résister lorsqu’on est assis sur un siège éjectable.

Remerciements, bravos, honneurs et hommages à toutes nos ministres de l’écologie, à toutes ces femmes qui luttent et oeuvrent pour préserver nos conditions de vie sur notre planète Terre, notre maison comme :

- Delphine Batho,
- Nicole Brick,
- Corinne Lepage
- Chantal Jouanno
- Dominique Voynet

Honte à tous ces machos cupides qui ne pensent qu’au profit immédiat et qui s’enrichissent en polluant et en laissant une note bien salée à leurs enfants et aux générations futures et qui coupent la branche sur laquelle ils sont assis.

Emmanuel Hourdequin

Professeur de Physique Chimie

Docteur en Physique

Portfolio

Évolution des crédits des ministères dans le budget 2014
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